ACTE 1 SCENE 1

ACTE 1 SCENE 1
DOCUMENT - Cd numéro 1 de Lui et moi : “Wade aura rompu le serment

Je rends grâce à Dieu d'avoir fixé dans ma mémoire cette merveilleuse rectification du Voyage nocturne : «Nous avons fait descendre un Coran que nous avons fragmenté pour que tu le lises lentement aux gens et nous l'avons fait descendre graduellement» Sourate 17, Verset 106.

«Je rends grâce à Dieu d'avoir fixé dans ma mémoire cette merveilleuse rectification du Voyage nocturne : «Nous avons fait descendre un Coran que nous avons fragmenté pour que tu le lises lentement aux gens et nous l'avons fait descendre graduellement» Sourate 17, Verset 106. La présente procédure d'atteinte à la sûreté de l'Etat, la seule à leur disposition pour m'arrêter, m'espionner et peut-être m'assassiner arbitrairement, ouvre la séquence d'une descente fragmentée et graduelle du livre annoncée et sans doute tant attendu : Lui et moi.

Chers compatriotes, chers citoyens du monde amis de notre cher Sénégal, en mars 2000, l'alternance survient, portée par une immense espérance. Celle du Sopi. Exigeant plus de démocratie, plus de transparence et d'équité, plus de justice, plus d'opportunité pour chacune et chacun des fils du Sénégal d'accéder au Savoir, à l'Avoir et au Pouvoir. Plus de rayonnement international pour notre pays et ses citoyens. Le président de la République, dont j'étais le directeur de campagne, fait sa passation avec Diouf. Je fais la mienne avec le ministre d'Etat, Ousmane Tanor Dieng. Il me parle longuement de sa délicate position de ministre d'Etat. Je le trouve sincère et peut être soulagé de quitter les lieux. Il me tend ensuite une arme, les clefs d'un coffre vide et des chéquiers à la signature du Président. «Ce que je te remets-là fera l'objet d'énormes convoitises, c'est le nerf de la guerre. C'est aussi une grande source d'ennuis. Je te souhaite bonne chance.» Je le raccompagne. Arrive ensuite mon premier entretien avec le chef de l'Etat, nouvellement installé. Je me souviens alors d'une anecdote au sujet de Mitterrand. Son meilleur ami vient le voir après son installation à l'Elysée : Alors François, on va pouvoir continuer à se tutoyer, j'espère ? Réponse de celui-ci : Si vous voulez. J'entreprends alors le test.

J'entre dans le bureau du Président, il est avec Viviane, son épouse. Celle qui m'a entouré de tant d'affections, a passé tant d'heures à compléter ma culture artistique, à décorer ma maison, à parcourir les antiquaires pour m'acheter des objets d'art, à dessiner des meubles pour moi et à me confier tant de confidences. Moi : Bonjour Viviane, bonjour Me. Lui : Ah Mara, comment vas-tu ? Entre. Viviane, laisse-nous un peu. Moi : elle peut rester, Me. Lui : Non, nous parlons de quelques questions d'Etat. Nous les rejoindrons après. Viviane sort alors par l'autre porte qui mène aux appartements. Lui : Tanor t'a dit ? Moi : Quoi ? Lui : Diouf m'a parlé des fonds politiques et d'autres ressources. Nous en parlerons plus tard. Mais nos soucis d'argent sont terminés. J'ai pu en mesurer la véracité au contact de quelques princes et rois avant que le Président ne décide que Karim Wade me remplace auprès d'eux. Moi : Tanor m'a remis les clefs d'un coffre,vide, les chéquiers dont tu as la signature et d'une arme. (Je les lui tends) Lui : C'est pour toi non ? Moi : Non ! c'est pour celui en qui tu auras confié la gestion. Lui : Allons donc ! A qui d'autre que toi ? Moi : Merci pour ta confiance. Moi : Tanor m'a également parlé d'un gendarme nommé Huchard. Il serait très discret. Il serait là sous Collin, sous lui-même, malgré qu'il serait très longtemps à la retraite. On lui a toujours prolongé son contrat. C'est lui qui est chargé d'aller au Trésor, retirer les chèques que le président de la République signe. Lui : Tu le connais ? Moi : Non ! Tanor vient juste de m'en parler. Lui : Vérifie et garde-le si tu veux. Puis nous abordons d'autres questions. Je comparerai plus tard les investissements des chantiers de Thiès à l'argent de poche du Président, chèque par chèque. Nous abordons d'autres questions, y compris le traitement des vaincus. Lui : Qu'en penses-tu ? Moi : Lorsque Mohamed (PSL) a conquis la Mecque après en avoir été chassé et y avoir subi toutes les vexations (jets de pierres, calomnies, tentatives d'assassinat) et qu'il a demandé à ses adversaires ce qu'ils attendaient de lui, à présent qu'il a les pouvoirs. L'un d'eux lui répondit : «Nous n'attendons de toi que le bien, car un bol rempli de lait ne laisse pas suinter du sang.» Je suggère que tes premiers actes présidentiels soient seigneriaux. Qu'ils soient ceux d'un nouvel élu qui rend grâce à Dieu de l'avoir secouru et choisi parmi tant d'autres possibles.

Lui : C'est exactement ce que je pensais. J'ai demandé à Diouf de me représenter au sommet des chefs d'Etat au Caire. Je mets à sa disposition l'avion de commandement. J'irai à Touba et au retour, je passerai saluer sa mère qui m'a d'ailleurs toujours appelé «mon cousin». Moi : C'est excellent. J'ai déjà dit à Tanor qu'il pouvait conserver sa maison aussi longtemps qu'il lui plaira et qu'il pouvait organiser son déménagement sans aucune précipitation, ni pression. Lui : Tu as bien fait. Allons voir les autres. Au moment de quitter la pièce, il me retient, referme la porte et me raconte une anecdote. Lui : Tu sais que les grands bandits ont un code d'honneur. Ils y tiennent toujours. Ils ne se battent qu'au moment du partage du butin. Jamais avant. Moi : Dieu en a préservé les vertueux dans sa Sourate 8, judicieusement appelé le Butin. En particulier, en son Verset 41 qui en fixe les bénéficiaires légitimes dont les proches, les orphelins, les pauvres et les voyageurs en détresse. Lui : Encore tes versets. Moi : Toujours mes versets. Les choses sont claires, à lui son code, à moi les miens. Le deuxième entretien qui suivit avec la famille fut de même nature, c'est-à-dire familiale. Aucun signe de changement de ton ou d'attitude lié à la position de pouvoir. Mais je le découvrirai plus tard, certaines réactions chimiques sont lentes à se manifester.

Me croyant toujours en famille et libre d'y dire ce que j'y pense, je sors ceci : «Le président de la République n'a ni ascendant, ni descendant. C'est une créature constitutionnelle à incarnation humaine variable. Ses pouvoirs et attributs sont fixés dans la Constitution et sont à son usage exclusif. Ici au Sénégal, il s'est appelé Senghor pendant 20 ans, puis Diouf pendant 20 ans, aujourd'hui Wade. Demain autrement. Par nos comportements, nous devrons veiller à lui assurer une mention honorable sur les langues de la prospérité.»

Puis, plus tard dans la discussion, je m'adresse à Karim en ces termes : «Dans la longue liste des prophètes de Dieu, d'Adam à Mohamed, je n'en connais qu'un seul dont on dit qu'il a été crucifié : Jésus. Celui que certains croyants, les Chrétiens, appellent le fils de Dieu. Et que d'autres croyants, musulmans, appellent la parole de Vérité ou le secret de Dieu. C'est lui en effet qui, selon le Coran, enseigne aux musulmans le nom céleste de leur prophète, Ahmad. Le nom de voisinage à Ahad.»

Un ami me dira plus tard que le Président lui avait rapporté cet entretien avec satisfaction en lui disant que Mara avait parlé à Karim en grand-frère. Un autre ami, français celui-là, lui aussi victime d'un déficit de reconnaissance à son engagement et à ses efforts des moments difficiles auprès de la famille Wade, me confiera ceci : «Tu as été un excellent fils de substitution pendant la maturation du vrai fils. Maintenant qu'il est majeur, il va vouloir toute sa place. Sa mère l'y aidera. Mais Abou t'aime trop. Ne t'inquiète pas, mais veille.»

Un troisième entretien portera sur les premières actions à mener, les priorités. Le Président et moi sommes toujours dans le même camp. Nous sommes tous deux pressés de livrer au pays et surtout aux plus démunis, la justice, l'équité, les infrastructures, les écoles, les dispensaires dont ils avaient tant soifs. Mais Viviane nous distrait. Elle nous parle du Palais, des cafards, du mauvais goût des Diouf. Elle parlera de l'avion dont elle s'occupera de la décoration intérieure. Elle fait venir la télévision pour exhiber l'intérieur du Palais. Première violation d'un attribut essentiel de pouvoir, dérivé du nom de Dieu, Sattar. Celui qui voile par pudeur. Sattar qui donne en wolof Suttura. Nom dont le Président se familialisera. Sattar, nom d'une entreprise dont il délivre les travaux au niveau de l'Etat comme au niveau du parti. Sattar, nom de l'entreprise en charge de la construction du siège du Parti démocratique sénégalais.

Si au moment d'écouter ce Cd, je suis en prison ou déjà mort, sachez que ceux qui m'auront imposé l'un quelconque de ses états, ont une motivation qui est depuis longtemps en germe. Tenter de punir et détruitre un fils d'emprunt après usage. Un fils pour qui loyauté n'est pas synonyme de génuflexion, un fils qui ne se prosterne que devant Dieu, plus digne de sa crainte et son respect.

Mon arrestation sera suivie d'une vaste enquête, une vaste opération d'espionnage politique et d'exploration de mes réseaux d'amitié. On interrogera sans doute mes plus proches, on les torturera peut-être, on les intimidera sûrement, au moyen des pouvoirs exorbitants que confère aux enquêteurs le prétexte d'atteinte à la sûreté de l'Etat, dont j'en suis sûr, ils se serviront. Un esprit simple ne cherche pas loin, il puise dans le registre des souvenirs vécus. Je convoite de Dieu quand cela arrivera qu'Il fasse descendre dans leur c½ur sa safila, sa tranquillité, sa sérénité. Que l'ami qui souffre de ma détention ou de mon assassinat, écoute donc cette merveilleuse récitation : «Mange donc et boit et que ton ½il se réjouisse» Sourate 19, Verset 26.

Je convoite de Dieu qu'il fasse que tous ces événements, quels que douloureux qu'ils puissent être, ne fassent pas dérailler notre pays. Je le réitère avec force. L'objectif ne sera pas de défendre, l'objectif, c'est de rester concentrés sur la construction d'un Sénégal de paix, de tranquillité et de stabilité. Un Sénégal de dignité, de respect des Droits de l'Homme de générosité. Un Sénégal de modernité et d'efficacité dans l'action, plus que dans la production de discours et de promesses. Un Sénégal d'opportunité pour chacune et chacun d'accéder au Savoir, à l'Avoir et au Pouvoir.

Mon fils a un jeu de bataille navale «Touché-Coulé». Si les perquisitions qu'ils feront déclencher l'épargne, je lui recommande d'envoyer une copie à “Maam Wade”, comme il l'appelle affectueusement. Car il aura rompu un serment : celui de ne jamais me faire du mal. Serment réitéré lors de nos dernières neuf heures d'entretien : six au Palais, trois à Poponguine.

Je convoite de Dieu, Lui, l'Unique. Lui auquel je faisais un clin d'½il pour solliciter son aide dans ma fameuse campagne “Sopi avec Lui” (Sopi ak moom). Lui qui me ramenait une victoire éclatante dans sa campagne, conformément à sa promesse du verset 11 de la Sourate 48. Lui que le jeune leader Talla Sylla a eu la perspicacité d'identifier, en me reprochant de comparer Wade à Dieu. Qu'Allah m'en préserve ! Wade c'est lui, ancien spermatozoïde, futur cadavre. Dieu, c'est LUI, Eternel. C'est de LUI que je convoite ce qui suit : «Fais que j'ai une mention honorable sur les langues de la postérité et fait de moi un des héritiers du jardin des délices. Et pardonne à mon père, car il a été du nombre des égarés. Et ne me couvre pas d'ignominies le jour de la rédition des comptes, le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d'aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un c½ur sain.»

# Posté le samedi 23 juillet 2005 06:07

Modifié le samedi 23 juillet 2005 09:30

monsieur wade explique nous

année 60
LA PATRIE FUT DECLAREE indépendante
pourtant notre situation n'en é que décadente
dans l'attente d'une suite favorable
a toutes ces fables
prêt Etats des incapables ? jouons carte sur table
quelle est donc ta politique MOnsieur wade
en tout cas pas catholique
pas du tout islamique
Ni laique
tu te dit MOuride l'est tu vrement ? serigne TOUba dawaoul Togne
OU peut-être a propre fin bénéfique POur toi et ton karim les jeunes ne savent + a quoi se référer
de surcroit
Nous on croit que le systeme sème la gtraine de la
peine
et tant on a tellement la haine
37ANS,que l'on t'attendé MOnsieur wade pensant que tété la solution
mais de + en + on é victime de polution
psychologique, économique, sociologique et pathétique
tellement triste,
que tout cela n'en é que maléfique
et maintenant laisse idrissa et la nation donnez leur verdict et
a toi d'expliqué c'est de que ta politique ?

explique, mais c'est de quoi ta politique ?

Tu parles de démocratie
MOi je vois "dolecratie"
Tu prônes le dialogue
un monologue !

l'etat se désengage
BONjour les derapages
Dis-mois MOnsieur wade qu'a tu a faire d'avantage ?
la terre aux paysans, l'initiative privée
les pauvres paysans ils en ont marre de se faire priver
les recoltent sont nulles
les benefices tu les accumullent toi et ton fils karim
et vous faites chier se qui n'on rien fait
et L'ambition juvénile tout le monde voit que tu a brûles
NOUS SOMMES SOUS DEVELLOPEES
MONSIEUR LE PRESIDENT TU ROULE EN LIMOUSINE ET t'a LE Q LO DOFFIR DES 4/4 A T'EST DEPUTES
JE NE CONNAIS POINT L'économie mais je vois bien l'ignominie
c'est pas fini je continue
Tu te demandes qui je suis
un simple patriote
quelqun qui aime sont pays
aujourdhui je me rend compte que le senegal fonce tout droit ves un mur
trop de promesses de bassesse, il faut que cela cesse
ta gagné les elections
c'est que ta la solution
je t'avoue qu'au fond de moi je me pose des questions
je décris tout simplement le pillage de la republique

president explique nous c'est quoi ta politique

aujourdhui les jeunes fuient a paris ou New york servant de la drogue servant l'alcool
car eur evil est fini
aucun espoir si tu parle pas de retour sur dakar

Nos parents fatigués,nos enfants sont decouragés

# Posté le lundi 25 juillet 2005 11:04

La dangereuse misère des banlieues dakaroises.

ILS ÉTAIENT BIEN PEU à Dakar à connaître Médina Gounass. Pourquoi d'ailleurs auraient-ils connu Médina Gounass ? Planté au sud de la capitale, le quartier n'est qu'un alignement monotone de maisons pauvrettes. Quelques parpaings mal cimentés tiennent lieu de murs, avec de la tôle ondulée en guise de toit. Au centre, on trouve une petite cour, toujours surpeuplée. Quatre voire cinq familles cohabitent dans ces parcelles à peine séparées par des rues sablonneuses. Près de 80 000 personnes vivent dans cette misérable banlieue de Dakar, une capitale devenue, sous la pression de la démographie galopante et de l'exode rural, une mégalopole de près de 2,5 millions d'habitants. Ici, on ne voit ni école ni service public. Il n'y a pas de travail non plus. Au moins 80% de la population est au chômage. Jusqu'alors, nul ne semblait vraiment s'en soucier. «Les hommes politiques passent à Médina pour les élections. Après, on ne les voit plus», résume Madia Scène, un employé d'une organisation non gouvernementale (ONG) locale. Les pluies torrentielles qui se sont abattues l'été dernier ont sorti ces quartiers de l'anonymat. Des centaines de maisons construites illégalement ont été noyées. Des dizaines de milliers de personnes ont été jetées à la rue. Le choléra a fait son apparition et le paludisme est monté en flèche. La population a grondé. A Médina Gounass, la visite du premier ministre, Macky Sall, a tourné à l'émeute : huées, cris, sifflets. Jeunes désoeuvrés Ce manque de respect pour l'autorité est presque inédit au Sénégal. «C'est un premier signe inquiétant, dont tout le monde a pris la mesure», dit Madiambal Diagne, directeur du journal le Quotidien. A commencer par le président, Abdoulaye Wade. Prompt à prendre des bains de foule, il s'est, cette fois, sagement tenu à distance des quartiers sinistrés. Très vite, pour tenter de calmer la colère, le président sénégalais lançait l'opération Jaxay – «l'aigle», en wolof –, un plan de rénovation des quartiers doté de près de 50 milliards de francs CFA (environ 76 millions d'euros). Trop vite, semble-t-il. A la mi-décembre, le chef de l'Etat a dû revenir sur ses engagements irréalistes, aiguillonnant un peu plus le ressentiment des habitants. Assis sur un siège branlant, Moussa et Yaya, qui ont tous les deux 20 ans, sourient en évoquant le plan Jaxay. «Nous ne sommes pas vraiment déçus puisque nous n'y avions jamais cru. Ce n'était qu'une promesse de plus», glisse Moussa en achevant l'énième partie de cartes de la journée. Tout deux ont fui ensemble, à l'âge de douze ans, l'école et la misère de leur village. L'espoir de trouver une vie meilleure à Dakar n'a pas duré. Ils n'ont fait que grossir les rangs des jeunes désoeuvrés de ce pays où 60% de la population n'a pas 35 ans. Ils se «débrouillent» en vendant des cigarettes et des bonbons à l'unité, pour amasser une cagnotte, «s'acheter un visa» et, une fois encore, fuir, plus loin. Ils rêvent «de l'Italie ou de l'Espagne». Pourtant, selon Moussa Diagne, un ethnographe de l'Institut fondamental d'Afrique noire (Ifan), la misère n'est qu'apparente. «C'est l'un des paradoxes de ce quartier, comme d'autres banlieues de Dakar. Le milieu est pauvre mais les habitants ne le sont pas vraiment. Il n'y a pas de toilettes mais dans presque toutes les maisons on trouve des télévisions, des téléphones portables et même de l'argent», assure-t-il. La manne financière, qui provient des travailleurs émigrés en Europe, est de moins en moins bien utilisée. «Avant, observe Moussa Diagne, les gens auraient investi, tenté de monter un petit commerce pour s'en sortir, donné un peu de travail aux autres.» Cela montre, à ses yeux, que les filets traditionnels de la société sénégalaise ont craqué et que les nouveaux banlieusards «ne croient plus à ce pays». «Nous n'avons rien vu venir car, il faut le dire, ni le gouvernement ni les partis d'opposition ne sont présents dans ces quartiers où les souffrances sont énormes», reconnaît Amath Dansokho, le secrétaire général du Parti de l'indépendance et du travail (PIT). Comme tous, il s'avoue «très inquiet». Les scènes de violences constatées dans les cités des environs de Paris n'ont rien fait pour le rassurer.
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# Posté le vendredi 30 décembre 2005 08:00

DU SOPI AU DEPIT

LE VENT du sopi est tombé, reste le dépit. A Dakar, cette boutade n'en est plus vraiment une. Le sopi – «changement», en wolof –, slogan d'Abdoulaye Wade lors de la campagne de 2000, les Sénégalais y avaient pourtant cru. En mettant fin à l'interminable règne du Parti socialiste, la victoire de l'opposant au crâne chauve aujourd'hui âgé de 78 ans avait réveillé l'espérance. «On sentait une vraie impulsion dans la population, on croyait que l'avenir serait différent», se souvient Chérif Saye, ancien conseiller du président et déçu du wadisme.

Cinq ans plus tard, le pouvoir s'est tendu sous le feu des critiques. Les ragots, les rumeurs ont repris leur place au coeur de la politique sénégalaise. En septembre 2002, le naufrage du Joola, le bateau reliant la Casamance à Dakar, avait été le premier coup porté à la movida dakaroise. La catastrophe, l'une des pires de l'histoire maritime, fit plus de 1 800 morts, sans que nul ne soit mis en cause.

L'arrestation, en juillet 2005, d'Idrissa Seck a accru l'inquiétude. L'ancien premier ministre, longtemps éminence grise et dauphin présumé du «Vieux», est incarcéré depuis cinq mois dans une prison de la capitale. La justice accuse «Idy» de détournement d'argent public et d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Cette dernière inculpation semble fantaisiste. Le dossier financier apparaît plus étayé. Les grands travaux lancés à Thiès, la ville d'Idrissa Seck, sont en cause. L'enveloppe accordée pour ce chantier aurait explosé de quelque 20 milliards de francs CFA (30 millions d'euros). Dans un rapport, l'Inspection générale de l'Etat (IGE) se montre peu amène envers les dérives financières de Seck. Mais le texte est tout aussi sévère à l'encontre du ministère des Finances, soupçonné d'avoir failli à sa mission de contrôle.

Corruption grandissante «Le cas Seck illustre jusqu'à la caricature l'instrumentalisation de la justice par le pouvoir. On emprisonne quelqu'un d'abord parce qu'il a déplu, plutôt que parce qu'il a commis des délits» , dénonce Alioune Tine, le président de l'association Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme. Pour Jacques Abib Sy, directeur d'une organisation non gouvernementale (ONG) locale, l'affaire Seck serait surtout symbolique de la corruption grandissante : «Il y a toujours eu au Sénégal des affaires de pot-de-vin. Mais il a aujourd'hui tant de scandales qu'on peine à les suivre.» Les Sénégalais se refusent néanmoins à oublier les défauts d'Idrissa Seck et à le propulser au rang de martyr de la cause démocratique. «Il a cru peut-être que son heure était venue, qu'il était en mesure de prendre de force le parti dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007. Il s'est trompé et il le paie», assure un diplomate. De leur côté, les «faucons» de la mouvance wadiste dressent de l'héritier déchu un portrait au vitriol : «affairiste, arrogant, incapable».

Idrissa Seck n'est ni le seul ni le premier contestataire à subir les foudres de l'autorité. En octobre 2003, un petit opposant, Talla Sylla, était agressé à coups de marteau en plein Dakar. Le jeune homme venait d'éditer un disque satirique contre le chef de l'Etat. L'enquête de la gendarmerie a conduit dans les allées du pouvoir. Elle n'est pas allée plus loin. La justice vient de classer l'affaire.

Babacar Touré, directeur du groupe de presse privé Sud, n'est pas étonné du manque de pugnacité judiciaire. «Cette décision arrive dans une ambiance de confusion, de brouillard et d'embrouille généralisée», dit-il, désabusé. Sud-FM et Sud-Quotidien, qui ont soutenu l'alternance, sont en disgrâce. Un pamphlet à succès sur l'échec du nouveau régime publié il y a deux ans par un journaliste maison, Abdou Latif Coulibaly, a amorcé la rupture. Son second ouvrage qui vient de sortir en France, l'a consacrée.

Le livre prétend démontrer la responsabilité d'Abdoulaye Wade dans le meurtre du vice-président du Conseil constitutionnel, Babacar Sèye, en 1993. L'ouvrage a été dénoncé par les proches du pouvoir et son auteur conspué, parfois menacé. La justice locale ne s'emparera pas de ce dossier. Le président a en effet promulgué en février la loi Ezzan, un texte qui amnistie tous les crimes et délits en relation avec les élections entre 1993 et 2004.
«Je regrette de le dire, la liberté d'expression au Sénégal connaît une régression inédite», dit Babacar Touré, qui souligne «les pressions» et «le harcèlement fiscal» dont son groupe est la cible. Malgré tout, il reconnaît au «Gorgui» (le Vieux) ses bons points : une croissance économique soutenue (entre 5 et 6% par an), l'arrêt de la guerre en Casamance, une activité de chaque instant... Dans l'entourage de Wade, on tente d'utiliser ces réussites pour dédouaner le président. Et on souligne que les réalités politiques ont douché les espoirs de l'alternance : «On attendait sans doute trop de Wade. C'est pour cela que maintenant on ne lui pardonne rien.»
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# Posté le vendredi 30 décembre 2005 08:01